Cette interview est la deuxième à être publiée (la première est celle de Besly).

L’interview a été réalisée en novembre 2016, lorsque j’ai demandé à Anne-Claire Rigaud si elle avait un petit bout d’après-midi d’hiver à consacrer à une blogueuse inconnue, pour parler de son travail et de son rapport à la gourmandise.

Laisse-moi te dire que la blogueuse inconnue que je suis n’a pas été déçue. Non seulement Anne-Claire m’a dit oui mais en plus, nous avons passé un super moment toutes les deux, à papoter autour d’un thé comme deux vieilles copines. L’interview s’est transformé en échange délicieux et nous avons parlé de beaucoup de choses… beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses. De bonbons qui montent des spectacles, de belgitude, de Richard Gere et de croques hawaïens.
C’est la raison pour laquelle je me suis attelée à écrire cet article… 5 mois après…
Je savais qu’il serait difficile de résumer cet échange riche et je repoussais sans cesse l’exercice. En gros, tu l’auras saisi, j’ai repoussé le concept de procrastination à un degré rarement atteint.

Ce sont finalement deux copines qui m’auront poussé dans mes retranchements en me fixant un ultimatum dégueulasse de type « dans une semaine, tu auras écris cet article, c’est ton challenge pour notre prochaine entrevue ». Merci les filles ! Je vous maudis sur 8 générations autant que je vous suis redevable à vie.

Je vous laisse maintenant découvrir l’imprévisible, l’inénarrable et la passionnée Anne-Claire Rigaud de Violette & Berlingot dans les lignes qui suivent.

Anne-Claire Rigaud interview

© Cécile Cayon http://www.cecile-cayon.com

BONJOUR ANNE-CLAIRE, QUI ES-TU ?

Je suis Anne-Claire Rigaud, fondatrice d’une confiserie à l’ancienne nommée Violette & Berlingot, entreprise lancée il y a bientôt dix ans. Elle se situe dans le passage de l’Argue à Lyon.

COMMENT L’IDÉE DE CETTE BOUTIQUE T’EST VENUE ?

J’ai créé ma boutique en 2007.

Je dois dire que ce projet s’est imposé de lui même, assez naturellement. Je travaillais alors dans le spectacle vivant depuis plusieurs années déjà. Pour approfondir l’accompagnement des artistes que je suivais dans mon travail, j’ai passé un DU en art thérapie appelé « Psychiatrie et Psychothérapie Médiatisées » à Toulouse. Une formation au nom étrange qui me permettrait de mieux accompagner les artistes et de booster leur créativité entre deux créations.

Sauf qu’à Toulouse, il y avait une chouette confiserie où j’aimais bien aller. Au bout du deuxième passage là-bas, j’ai vite compris que je voulais faire ça. Je voulais moi aussi faire un métier créatif dans la confiserie. Et puis mon métier dans le spectacle devenait trop prenant, j’étais souvent en déplacement, avec mon enfant en bas âge j’avais besoin de trouver une stabilité géographique.

Alors j’ai monté Violette & Berlingot assez rapidement, pour rester à Lyon, comme une évidence. Au fond, mon travail ne diffère pas vraiment de l’ancien car je fais toujours de la gestion de projet, de la création, de l’organisation, du retro planning… la vie quoi !

Et d’ailleurs c’est encore un peu comme du spectacle vivant. C’est une représentation quotidienne : le rideau s’ouvre, les acteurs sont dans les bonbonnières, il y a une histoire, des spectateurs, c’est très théâtral tout ça !

Aujourd’hui nous sommes six ! Une responsable de boutique, une comptable, une personne à l’expédition, deux vendeuses et moi. On a une belle énergie avec cette configuration là.

Anne-Claire Rigaud interview - entre morfalous

© Cécile Cayon http://www.cecile-cayon.com

BON ET ALORS POURQUOI CE NOM ?

Violette & Berlingot ? Alors c’est assez simple : d’abord, globalement dans la vie, j’aime l’esperluette. Graphiquement et symboliquement j’adore.

Ensuite, j’ai tout bêtement choisi deux des bonbons anciens les plus connus et je les ai marié.

Aujourd’hui, j’aime beaucoup notre marque et d’autant plus avec l’image qu’a créé Rozenn de l’agence Rezonn. Notre identité est spontanée, enjouée, régressive et rétro mais sans être vieillote. Ça me correspond totalement.

C’EST QUOI TON RAPPORT À LA GOURMANDISE, AUX BONBONS ?

Elevée par ma grand-mère, j’ai eu la chance de découvrir les bonbons à l’ancienne grâce à elle et ses copines. Pas de confiseries industrielles pour moi, j’étais nourrie aux bonbons feuilletés-noisettes, aux fraisettes, aux madeleines faites maison… quand elle recevait ses amies pour le goûter c’était un peu comme un rituel pour moi. Ah et puis, bien souvent, comme un rappel à ma belgitude familiale, j’avais droit aux galettes au beurre maison. Avec pas mal de beurre dedans. Ouais enfin beaucoup de beurre en fait.

Moi j’ai ce rapport affectif avec la nourriture. D’ailleurs j’ai toujours pensé que la confiserie à l’ancienne c’était un peu un truc psychanalytique. Tu sais, une boutique de bonbons d’antan c’est un lieu de résilience, un lieu de recueil plein de souvenirs positifs d’enfance. Et d’ailleurs, je vois bien que c’est pareil pour beaucoup de clients. La phrase que j’entends le plus souvent à la boutique c’est « je me souviens ». Et ce sont toujours des souvenirs heureux.

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© Cécile Cayon http://www.cecile-cayon.com
© Zephyr & Luna http://zephyr-et-luna.com

QUI SONT TES CLIENTS EN BOUTIQUE ?

Je peux dire que j’ai deux typologies de clients : d’une part des trentenaires qui recherchent des produits authentiques et artisanaux, des personnes qui me posent d’ailleurs beaucoup de questions sur les procédés de fabrication, qui veulent privilégier le non industriel.

Et puis d’autre part, j’ai des personnes plus âgées qui viennent chercher des produits qu’ils ne trouvent plus ailleurs et qui viennent par nostalgie.

Dans tout cela, nous accueillons aussi quelques personnes intolérantes au gluten qui est généralement présent dans les bonbons industriels mais pas dans les artisanaux, et puis parfois aussi des personnes qui recherchent des produits sans gélatine animale et sans colorant.

JUSTEMENT, COMMENT TE POSITIONNES-TU PAR RAPPORT AUX CONFISERIES INDUSTRIELLES ?

Pour mes produits, je privilégie l’artisanat et le naturel. J’essaie aussi au maximum d’être sans ingrédients d’origine animale quand je le peux.

Mais côté personnel, je suis assez souple sur la question. Je ne suis pas une adepte du 100% vegan ni du 100% sans colorant chimique ou sans huile de palme. Par exemple, s’il y a des BN qui traînent sur la table bon… je dis pas non. Mais par contre, si j’ai le choix entre un gâteau au beurre ou un à l’huile de palme, je choisirais toujours celui au beurre. Je pense que ce n’est pas grave de ne pas respecter les règles à 100%, ce qui compte c’est de faire les choses en conscience, savoir ce qu’on mange et choisir de diminuer son empreinte.

On devrait avoir le droit de dire « je suis vegan mais j’aime bien la tarte alsacienne », c’est ce paradoxe qui est beau. Moi je te dirais « je ne mange pas d’huile de palme… sauf parfois. »

Dans mon travail de tous les jours, et parce que je suis une vitrine du travail d’artisans confiseurs, j’essaie d’expliquer, et notamment aux enfants, qu’il existe plusieurs façons de faire des bonbons. Pour les gélatineux par exemple, j’explique qu’on peut utiliser la pectine de pomme mais aussi la gélatine de porc ou de poisson. Chacun de ces ingrédients ont leurs avantages et leurs inconvénients, je préfère conscientiser plutôt que de condamner l’un ou l’autre.

Mais à titre perso, je trouve vraiment bien qu’il y ait une conscience qui se créé sur le traitement des animaux et la santé humaine. Par exemple, j’ai remarqué que les consommateurs comprenaient et acceptaient que les couleurs des bonbons sans colorant soient moins vives. Ça ne les choque plus.

Par contre, ma bête rouge (huhu) c’est l’utilisation de la cochenille dans la confection des bonbons. Tous les artisans ne sont pas prêts à s’en passer mais j’essaie de faire au maximum sans. Le rouge s’obtient très bien avec de la betterave et on a de beaux tons violines avec le tanin du raisin par exemple.

BON, QUESTION PLUS LÉGÈRE : TU METTRAIS QUOI AU MENU SI TU DEVAIS RECEVOIR RICHARD GERE (À L’ÉPOQUE DE PRETTY WOMAN BIEN ENTENDU) À DÎNER CHEZ TOI ?

Heum… je crois que je ferais des trucs qui se faisaient à l’époque. Il y avait le croque hawaïen. Oui je lui ferai un croque hawaïen et puis en dessert un Mystère ou un citron givré, tu sais ces trucs un peu ringards.

ARRÊTONS-NOUS UN INSTANT SUR LE CROQUE HAWAÏEN… M’ENFIN MAIS QU’EST-CE QUE C’EST ?

Et bien tu sais, c’était l’époque des chemises à fleurs et on mangeait des croques hawaïens, je me souviens bien, c’était à la mode. C’était juste un croque-monsieur avec de l’ananas, du fromage et du bacon dedans !

TU CUISINES BEAUCOUP CHEZ TOI ?

Je cuisine tous les jours mais je ne suis pas une grande cuisinière. Je veux dire, je fais des choses assez simples. J’aime bien les plats sains faits avec des produits bruts. Par exemple, au Kitchen Café (à Lyon) je trouve que le produits restent bruts tout en tant élaborés dans l’assiette… Je ne sais pas comment ils réussissent à faire ça. En tous cas, j’aime beaucoup.

Chez moi, j’aime quand même bien m’occuper de la cuisson de la viande. Par contre, mon (futur) mari est plus fort que moi pour la cuisson du poisson ! (nota bene : oui bah normal, le Monsieur travaille dans le poisson durable !)

IL Y A UN PLAT QUE TU RATES À CHAQUE FOIS ?

Non parce que si c’est un plat que je rate je ne le refais pas.

(…) OK, TRÈS BIEN ET TA PIRE MANIE EN CUISINE C’EST QUOI ?

Aaaaaah, c’est de ne pas faire la vaisselle après avoir cuisiné…

TU AS DES PROJETS À VENIR, DES PLANS DE CONQUÊTE D’EMPIRES, DES COLLABORATIONS DE FOU À NOUS DÉVOILER EN AVANT-PREMIÈRE OU PAS ?

Oui, on va ouvrir un espace pâtisserie-biscuiterie à côté de l’actuelle boutique pour y rassembler les pâtisseries de lyonnais qui n’ont pas de point de vente en centre-ville : Corentin Taffin (qui excelle dans l’art de la pâtisserie à la française), le Kitchen Café, les desserts de Guillemette du Café Arsène, les célèbres cheesecakes de Piece of Cake et bien sûr nos belles maisons de biscuits : Dandoy, Maison du biscuit, pain d’épices Mulot & Petitjean.

La boutique aussi est à un tournant de son existence. J’aimerais d’avantage travailler pour l’hôtellerie : j’aime bien savoir que les gens sont bien accueillis et j’aime participer à ça, je veux développer ça.

Je travaille un peu avec la parfumerie aussi, soit en interne pour de la médiation, soit pour des événements de communication ponctuels. Je raconte des histoires comme dans mon métier d’avant, je fais le trait d’union (comme dans mon prénom, ce n’est pas un hasard) entre l’artisan et la marque quand celle-ci veut par exemple des guimauves avec plus de colorant ou d’arôme. Mon métier est intéressant pour ça. J’aimerais aussi faire un peu plus de retour client aux artisans, leur dire comment leurs produits sont perçus…

J’aimerais bien travaillé encore avec de grands magasins. On avait déjà travaillé avec le Printemps par exemple. J’aimerais bien collaborer avec les Galeries Lafayette, ça me fait rêver, comme la Samaritaine, ça me rappelle ma grand-mère, cette image maison de famille. Ces gros magasins français ont cette âme je trouve.

Ah et j’aime que les bonbons voyagent alors je bosserais bien aussi avec des aéroports !

UN DERNIER (GROS) MOT POUR LA FIN ?

Oui ! Supercalifragilisticaspialidocious !

Anne-Claire Rigaud interview - entre morfalous


© Zephyr & Luna http://zephyr-et-luna.com

 

Violette & Berlingot

52, Passage de l’Argue 69002 LYON

Boutique ouverte le lundi de 14h à 19h
Et du mardi au samedi de 10h à 19h

Site et boutique en ligne : www.violette-berlingot.com

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